Normandie, un 6 au matin, mais pas en juin

Ca fait déjà un bout de temps que je n'ai plus rien posté ici. Alors si le coeur vous en dit, je proprose de partager le souvenir d'une de nos premières journées de chasse au petit gibier en France, y a déjà des années, puis je sais pas si vous faites le même genre de truc de votre côté du grand lac
Mais peut-être faudrait-il aussi respecter un peu de chronologie; parce qu'avant de se retrouver là, devant pareil paysage, y a quand même un peu d'eau qui a coulé sous les ponts.
A cette époque, la chasse à l'arc est totalement légalisée depuis peu en France, alors qu'en Belgique (mon pays) toujours pas. Les contacts et échanges ne sont pas légion mais deviennent plus faciles et plus fréquents, surtout des organes de presse commencent à voir le jour et par là les moyens de communication se développent. On est encore loin des forums de discussion comme aujourd'hui, faut savoir faire avec et chercher tout seul.
Pour le matériel c'est la même chose, on commence à trouver facilement le nécessaire, mais pas assez d'expérience pratique pour savoir ce qui est ou non efficace et sur quoi ?
Y a pas de secret, faut sortir sur le terrain et faire des essais.
Ouais mais chez nous c'est interdit, alors on fait comment.
Sans parler encore de la ou des techniques, chasser le petit gibier au vol d'accord, on fait comment ? Vous avez déjà essayé de lancer une assiette à dessert en l'air et de la choper avec une flèche ? Et puis après de multiples séances d'entraînement au cours desquelles vous finissez par faire mouche avec une régularité tout à fait honnête, quand sur le terrain un faisan démarre dans vos pieds, merde c'est pas vraiment le même vol ni trajectoire que sur l'assiette à dessert.
Et puis un jour, en cherchant toujours des trucs ou des solutions, on lit dans le seul magasine de l'époque en langue française : "Journée de chasse au petit gibier sur territoire ouvert en France".
On se concerte alors entre amis, combien ça peut coûter, vous pensez qu'il y a moyen de se grouper et de descendre en équipe en essayant de maîtriser les frais et pas se faire bombarder ? De quoi on a besoin pour pouvoir chasser là-bas ? Le prix et les conditions annoncées par le gars semblent tout à fait correctes, c'est pas plus cher que chez nous, et si on essayait d'échanger nos expériences avec nos cousins qui parlent la même langue, on apprendra sûrement des trucs, au pire on s'offre quelques jours de vacance, pour autant que madame soit d'accord….
Ca y est, le jour du départ est arrivé, on a chargé les voitures, on est fin prêt. Et c'est pas peu dire, on ne sait plus très bien comment on a pu mettre autant de matos dans un volume aussi petit. Les arcs pendent à côté de nos têtes, fixés comme on peut avec des bouts de ficelle aux poignées de plafond. De l'arrière, on peut voir des tonnes de fluflu qui émergent du coffre tels des bégonias aux bacs des balcons d'une citée.
"Bonjour messieurs, vous avez quelque chose à déclarer avant de quitter le territoire…."Cinq heures plus tard, nous sommes arrivés, rien que le nom du bled et de l'avoir trouvé, c'est déjà des vacances.
Il est pas loin de 20h00, on décharge les véhicules, ça prend déjà du temps. Nous sommes dans un petit hôtel renseigné par l'organisateur, un truc à 10 € la nuit par personne, à 3 par chambre, on est pas sur la paille mais on avait dit : on comprime les frais au max. Même si les autres se posent encore la question aujourd'hui, moi je reste persuadé que cet hôtel est un des rares, sinon le seul, à avoir subsisté au débarquement. Si si, et c'est sûr que les lits sont d'époque, les matelas aussi note. Quand je vois mes deux amis prendre place dans les deux "grands" lits, au vue de la forme "croissant de lune fourré à l'humain"que prend soudainement le matelas, je décide de dormir au sol, demain est un autre jour, on chasse.
Lendemain matin, avant que le jour ne pointe, rendez-vous avec l'organisateur au bar de l'hôtel, on va enfin faire connaissance et voir nos tronches respectives pour la première fois. Super, la mienne à comme un air de mauvaise nuit au sol. Allé les gars, on déjeune rapide, la chasse nous attend

C'est parti, tout le monde dans les voitures, on va chasser le petit gibier. On sent doucement monter le stress dans la voiture. Y a pour ainsi dire plus de commentaires qui fusent, tout le monde est rivé aux fenêtres, on a quitté le village et la route principale, on est sur un chemin qui a tout l'air d'être privé. Tout autour des paquets de petits bois et bosquets, séparés par des sortes de plaines, un alternés entre pâturages bien verts et terres de ronces, d'étangs, de "crasse" de toutes sortes, mais dans des tailles largement supérieurs à ce que l'on peut voir chez nous. Soudain au bout du chemin, si il y en avait un, une grille. Derrière cette grille un château flanqué de plusieurs bâtiments de dépendances, mince c'est là qu'on rentre, on va où là ???
Pour la petite histoire, sachez qu'en France il existe encore de grandes propriétés privées nanties généralement d'un "petit" château, avec des terres et des bois sur une superficie qui en feraient pâlir plus d'un. Pour la circonstance, nous sommes sur les terres d'un richissime industriel français qui y maintient du petit gibier naturel pour ses chasses du week-end. Nous ne saurons pas comment, mais notre organisateur est parvenu à obtenir le droit de chasser à l'arc sur ces territoires pendant les jours ouvrables. Le proprio n'est jamais là que le week-end, avec un arc cela peut pas être bien méchant pour le territoire, puis cela fera le plus grand bien aux chiens. C'est pas le petit groupe de belge partis pour quelques jours de vacance au départ, qui viendra s'en plaindre.
Encore un peu sur le cul, on regarde ces territoires qui s'étendent à perte de vue, et on se demande encore comment c'est bon dieu possible, et surtout comment on va faire ….
C'est beau hein mon copain, déjà là on a pas tout perdu….


En France, la chasse reste aussi et d'abord une question de tradition. Avant de partir, on sonne l'appel et la chasse. Pas de problème, nous aussi on a notre sonneur de Saint-Hubert avec nous, Messieurs en piste :


Une petite photo du groupe sur le départ :

Je peux dire que là nous aurons probablement passé nos plus belles journées de chasse au petit gibier, parce que bien évidemment nous y sommes retournés par la suite.
Nous avons vécu des moment inoubliables et nous avons aussi beaucoup appris, si pas presque tout en terme de petit gibier en tout cas.
Des journées de chasse à la botte, aux chiens d'arrêt, en remontant des langues de terres remplies de ronces, de trous et fossés, de tas de bois en tout genre.
Celles de voir la beauté du travail du chien qui vous fixe un faisan au sol à plus de 80m devant vous, et qui le maintient immobile jusqu'à ce que vous fassiez vous péniblement la distance dans ce cafarnaum de branches cassées et de ronces. Un chien qui après avoir accompli tout ce boulot, ne s'offusque même pas de ne rien voir retomber au sol d'autre que les flèches de ces apprentis archers venus d'ailleurs, et qui s'honore encore malgré tout de vos simples remerciements et caresses de la main pour le travail accompli en vous gratifiant d'un coup de langue.
Des moments à scruter la cime des hauts sapins, pendant que d'autres traverses ces blocs de bois pour faire lever le bel obscure, voir si la chance est de la partie un magnifique vénéré. Dieu qu'il est passé haut et vite, pas les mêmes que chez nous ces modèles d'assiette à dessert français en plume.
D'autres encore à remonter ou descendre les petits ruisseaux qui arpentent tout le domaine et alimentent les énormes pièces d'eau que l'on peut voir sur les premières photos. Tapis et accroupis dans un genre de marécage, dans les hauts roseaux à l'affût du moindre canard qui s'est mis dans l'idée de redescendre le ruisseau à la nage pour éviter de croiser cet autre groupe d'archer qui descend à leur rencontre, ou d'éviter ce chien qui a déjà compris qu'il doit lui contourner pour servir de "tenaille".
Des moments vraiment magiques.
La lumière baisse, la fin de journée s'annonce. Pas fâché de retourner au château prendre un bon vin chaud, où une bière bien froide. On a les genoux en compote, mieux vaut pas essayer de savoir quelle distance on a pu parcourir sur cette journée. On ne fera pas le malin, ce soir ce sera pommade et brexine pour tout le monde, on ne sait jamais, demain on chasse encore.
Mais en attendant, on fait le tableau et on sonne les honneurs au gibier, comme il se doit
tableau :

on fêtera cela encore quelques heures même quand le noir sera de la partie, avec des petits poussées de trompe de chasse qui réchauffe. On voit déjà sur les visages comment était la journée, même si la photo est moins bonne parce que plus trop de lumière dispo.
On reviendra, c'est sûr.
